Un mail de phishing, une page de connexion convaincante, quelques secondes d’inattention… et un mot de passe peut se retrouver compromis.
C’est récemment arrivé à Guillaume, dirigeant de WEB&DESIGN. Pourtant habitué aux outils numériques et sensibilisé à la cybersécurité, il s’est fait piéger avant de s’en rendre compte presque immédiatement.
Le vrai problème est alors devenu évident : sur combien d’autres services ce même mot de passe était-il utilisé ? Messagerie, administration du site, hébergement, réseaux sociaux, outils métiers… au fil des années, les accès s’accumulent. Et lorsqu’un même mot de passe est utilisé à plusieurs endroits, une seule erreur peut ouvrir plusieurs portes.
C’est ce qu’un gestionnaire de mots de passe permet d’éviter. Voici une méthode simple, en 6 étapes, pour le mettre en place efficacement dans votre entreprise (et sur vos comptes personnels !).
Étape 1 : Choisissez un gestionnaire adapté à votre besoins
Un gestionnaire de mots de passe n’est pas simplement un endroit où stocker ses identifiants. Il permet surtout de générer un mot de passe différent pour chaque service, de les retrouver automatiquement lorsqu’on en a besoin et, dans un contexte professionnel, de partager certains accès sans avoir à les envoyer par mail ou par messagerie.
Pour une entreprise, quelques critères doivent guider le choix :
- la compatibilité avec les navigateurs et appareils utilisés ;
- la facilité de prise en main ;
- le partage sécurisé entre collaborateurs ;
- l’identification des mots de passe compromis, faibles ou réutilisés ;
- la gestion des arrivées et départs dans l’équipe ;
- la possibilité d’activer une double authentification sur le compte.
Chez WEB&DESIGN, nous avons choisi Dashlane, mais d’autres solutions existent. L’enjeu n’est pas forcément de trouver l’outil qui possède le plus de fonctionnalités : le meilleur gestionnaire reste celui que vos équipes utiliseront réellement au quotidien.
Étape 2 : Sécurisez votre coffre avant d’y ranger vos accès
Une fois l’outil choisi, commencez par protéger correctement le compte qui donnera accès à tous les autres.
Votre gestionnaire fonctionne comme un coffre-fort numérique. Son mot de passe principal doit donc être différent de tous ceux que vous utilisez déjà, suffisamment long et surtout ne jamais être réutilisé ailleurs. C’est l’un des rares mots de passe qu’il faudra réellement connaître.
La double authentification ajoute une vérification supplémentaire au moment de la connexion. Même si quelqu’un parvient à récupérer votre mot de passe principal, cette seconde étape peut empêcher l’accès au coffre.
Cette précaution est essentielle : centraliser ses accès améliore la sécurité, à condition de sécuriser correctement le point d’entrée du coffre.
Étape 3 : Ne cherchez pas à tout corriger immédiatement
Vient ensuite le moment de récupérer les accès que vous utilisez déjà. Et c’est souvent à cette étape que l’on prend conscience du nombre de comptes accumulés au fil des années.
Vos identifiants sont probablement déjà enregistrés quelque part : dans Google Password Manager, Chrome, Safari, Firefox ou un autre navigateur. La plupart des gestionnaires permettent de les importer pour éviter de devoir tout ressaisir manuellement.
Attention toutefois ! Si un fichier CSV est nécessaire pour effectuer la migration, utilisez-le uniquement comme fichier de transfert : importez-le dans votre gestionnaire, vérifiez que les données ont bien été récupérées puis supprimez-le.
L’objectif, à ce stade, n’est pas encore d’avoir une base parfaitement propre. Il s’agit d’abord de rassembler vos accès au même endroit.
Étape 4 : Identifiez les accès qui présentent le plus de risques
Les gestionnaires de mots de passe permettent généralement de repérer trois problèmes principaux :
- les mots de passe compromis ;
- les mots de passe réutilisés sur plusieurs services ;
- les mots de passe trop faibles.
Mais ce premier tri ne suffit pas. Il faut aussi regarder l’importance du compte concerné.
Un vieux compte créé sur un service que vous n’utilisez presque plus n’a pas la même priorité que :
- votre messagerie professionnelle ;
- votre compte Google ou Microsoft ;
- l’administration de votre site internet ;
- votre hébergement ou vos serveurs ;
- vos noms de domaine et DNS ;
- vos outils bancaires ou solutions de paiement ;
- vos logiciels métiers contenant des données sensibles.
Commencez donc par les comptes qui, s’ils étaient compromis, pourraient permettre à quelqu’un d’accéder à d’autres services ou à des informations importantes de l’entreprise.
Tous vos mots de passe doivent être uniques. Mais tous vos accès n’ont pas la même urgence.
Étape 5 : Changez vos mots de passe progressivement
À ce stade, la tentation peut être de vouloir tout nettoyer immédiatement.
Si vous utilisez Internet professionnellement depuis plusieurs années, cela peut représenter des dizaines, voire des centaines de comptes. Chercher à tous les modifier en une seule fois risque surtout de transformer une bonne résolution en chantier interminable.
Commencez par les accès identifiés comme critiques et, pour chacun d’eux :
- remplacez l’ancien mot de passe par un mot de passe unique généré par votre gestionnaire ;
- activez la double authentification lorsqu’elle est disponible ;
- vérifiez les moyens de récupération du compte ;
- supprimez les anciennes méthodes d’accès devenues inutiles si nécessaire.
Lorsque vous vous reconnectez à un ancien outil et constatez que son mot de passe est réutilisé ou trop faible, profitez-en pour le remplacer immédiatement. En quelques semaines ou quelques mois, votre gestionnaire prendra progressivement le relais de vos anciennes habitudes.
C’est d’ailleurs ce qu’a finalement fait Guillaume après son incident : commencer par les accès potentiellement concernés, puis assainir progressivement le reste.
Vous n’avez pas besoin de sécuriser 150 comptes aujourd’hui. Vous devez surtout arrêter d’en créer de nouveaux avec de mauvaises habitudes.
Étape 6 : Faites-en une règle pour toute l’entreprise
Sécuriser les mots de passe du dirigeant ou des responsables est un bon début. Mais dès que plusieurs personnes interviennent sur les outils de l’entreprise, la question devient collective.
Un accès à un site internet peut par exemple être connu du dirigeant, du responsable communication, d’un prestataire ou d’un ancien collaborateur. Un mot de passe peut avoir été envoyé par mail trois ans plus tôt, copié dans un document partagé ou conservé dans une conversation Teams ou WhatsApp.
Le gestionnaire permet justement de sortir progressivement de cette logique.
Quelques règles simples peuvent devenir la norme dans l’entreprise :
- privilégier un compte individuel pour chaque collaborateur lorsque l’outil le permet ;
- utiliser le partage sécurisé du gestionnaire lorsqu’un accès doit réellement être commun ;
- ne plus transmettre de mots de passe par mail ou messagerie ;
- retirer les droits d’accès lorsqu’un collaborateur ou un prestataire quitte l’entreprise ;
- revoir régulièrement les accès les plus sensibles.
Petit à petit, le gestionnaire de mots de passe ne sert donc plus uniquement à stocker des identifiants. Il devient un moyen de savoir qui peut accéder à quoi, et de garder cette organisation sous contrôle lorsque l’entreprise évolue.
Un gestionnaire de mots de passe ne vous empêchera pas de recevoir un mail de phishing convaincant. Il ne supprimera pas non plus totalement le risque d’erreur humaine. En revanche, il permet de limiter fortement les conséquences lorsqu’une erreur arrive.
Si chaque service possède son propre mot de passe, la compromission d’un compte ne donne pas automatiquement accès aux autres. Et si vos accès les plus sensibles sont en plus protégés par une double authentification, vous ajoutez une barrière supplémentaire.
Comme nous l’évoquions dans notre article consacré au hacking, la sécurité d’un site dépend en grande partie de sa technologie et ses mises à jour. Mais elle dépend aussi des personnes et des comptes qui permettent d’y accéder !