Cet été, les pirates n’ont pas pris de vacances.
À l’agence, nous avons constaté une augmentation des tentatives de piratage et des sites compromis. Un constat qui s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu : multiplication des failles critiques sur les CMS et leurs extensions, exploitation de plus en plus rapide des vulnérabilités et automatisation croissante des attaques, notamment grâce à l’IA.
Et contrairement à une idée reçue, les grandes entreprises ne sont pas les seules concernées : un site vitrine, une boutique en ligne ou un espace client peuvent tous devenir des cibles.
Pourquoi votre site peut-il être visé ? Comment les pirates s’y prennent-ils ? Quels sont les risques et, surtout, comment les limiter ?
Dans ce dossier, on vous explique l’essentiel, simplement et sans jargon.
Pourquoi les hackers s’intéressent à vous ?
C’est l’une des idées reçues les plus fréquentes : « Pourquoi un pirate s’intéresserait-il à mon entreprise ? »
En réalité, il ne s’intéresse souvent pas à vous personnellement.
Personne n’est trop petit pour être ciblé
Une grande partie des attaques sont automatisées. Des robots parcourent en permanence le web à la recherche de sites vulnérables : mot de passe trop simple, logiciel obsolète, extension mal sécurisée, faille connue…
Peu importe alors que vous soyez une PME, une association ou un grand groupe : si une porte est ouverte, elle peut être exploitée.
Votre site a (beaucoup) de valeur !
Même un simple site vitrine peut intéresser un attaquant.
Il peut notamment chercher à récupérer :
- des données clients ou prospects ;
- des adresses e-mail et comptes utilisateurs ;
- des accès à votre hébergement ou à votre serveur ;
- des informations commerciales ;
- des moyens de paiement, dans le cas d’un site e-commerce.
Mais votre site peut aussi être utilisé comme un outil : envoyer du spam, héberger du contenu frauduleux, rediriger vos visiteurs vers un autre site ou servir de point de départ à d’autres attaques.
Autrement dit, ce n’est pas seulement ce que votre site contient qui a de la valeur, mais aussi ce qu’un pirate peut en faire.
L’IA change la donne…
L’intelligence artificielle ne crée pas à elle seule de nouvelles failles de sécurité. En revanche, elle peut rendre certaines attaques plus rapides, plus faciles à automatiser et plus crédibles.
Elle peut notamment aider à :
- rédiger des e-mails de phishing plus convaincants ;
- adapter rapidement un message à une entreprise ou à une personne ;
- automatiser certaines tâches techniques ;
- analyser plus rapidement de grandes quantités d’informations.
Selon Microsoft, les campagnes de phishing utilisant l’IA peuvent atteindre un taux de clic de 54 %, contre environ 12 % pour les campagnes traditionnelles, soit un taux 4,5 fois plus élevé, notamment grâce à des messages plus crédibles et mieux personnalisés.
Résultat : certaines attaques qui demandaient autrefois davantage de temps ou de compétences deviennent plus accessibles. Pour les entreprises, cela renforce surtout une nécessité : ne plus considérer la sécurité de son site comme un sujet secondaire.
Concrètement, comment se fait-on hacker ?
Dans la majorité des cas, un pirate ne « force » pas réellement l’entrée. Il profite plutôt d’une faiblesse déjà présente : un mot de passe trop simple, un accès compromis ou une faille technique.
Un mot de passe trop faible
Un mot de passe court, prévisible ou utilisé sur plusieurs services facilite considérablement le travail des attaquants.
Des robots peuvent notamment mener des attaques par brute force : ils testent automatiquement un grand nombre de combinaisons jusqu’à trouver la bonne.
Le risque augmente également lorsqu’un même mot de passe est utilisé partout. Si vos identifiants sont volés sur un autre service, ils peuvent être automatiquement testés sur votre site.
Un accès compromis
Le problème ne vient pas toujours directement du site. Un pirate peut récupérer les identifiants d’un administrateur par d’autres moyens :
- un e-mail de phishing ;
- un ordinateur infecté ;
- une boîte mail piratée ;
- des identifiants enregistrés sur un appareil non sécurisé ;
- un ancien compte utilisateur toujours actif.
C’est pourquoi sécuriser un site, c’est aussi sécuriser les personnes et les comptes qui permettent d’y accéder.
Une extension mal choisie ou vulnérable
Sur de nombreux sites, des extensions sont utilisées pour ajouter des fonctionnalités : formulaire de contact, paiement, réservation, statistiques…
Mais chacune d’elles ajoute également du code au site et peut donc contenir une faille.
Le risque est particulièrement important lorsqu’une extension :
- n’est plus maintenue par son développeur ;
- n’est pas régulièrement mise à jour ;
- provient d’une source peu fiable.
Une seule extension vulnérable peut parfois suffire à compromettre l’ensemble du site.
Un site qui n’est plus à jour
Les technologies utilisées par un site évoluent constamment. Lorsqu’une faille de sécurité est découverte, les éditeurs publient généralement un correctif. Le problème apparaît lorsque celui-ci n’est jamais installé. Une vulnérabilité connue peut alors être recherchée automatiquement par des robots sur des milliers de sites.
Il existe aussi des failles directement liées au développement du site. L’injection SQL, par exemple, consiste à exploiter une faiblesse pour envoyer des instructions malveillantes à la base de données. Elle peut permettre, dans certains cas, de consulter ou modifier des informations qui auraient dû rester protégées.
Un site qui fonctionne encore parfaitement peut donc malgré tout présenter des failles de sécurité.
Quels sont les risques ?
Un site piraté ne devient pas forcément inaccessible du jour au lendemain. Dans certains cas, l’attaque peut même passer inaperçue pendant plusieurs jours ou semaines.
Les conséquences, elles, peuvent être très concrètes.
Votre image peut être impactée
Lorsqu’un site est piraté, les conséquences ne sont pas seulement techniques. Elles peuvent aussi affecter directement la confiance accordée à votre entreprise.
Un client ou un prospect peut par exemple :
- voir une alerte de sécurité en arrivant sur votre site ;
- hésiter à remplir un formulaire ou à passer commande ;
- associer votre marque à un manque de fiabilité ;
- perdre confiance dans la manière dont vous protégez ses données.
Et même une fois le problème corrigé, l’impact peut durer.
Un site se répare parfois en quelques heures. La confiance, elle, peut être plus longue à reconstruire.
Votre site peut être utilisé contre vous
Un pirate ne cherche pas toujours à rendre votre site inaccessible. Dans de nombreux cas, il préfère s’en servir discrètement.
Votre site peut alors être utilisé pour :
- rediriger vos visiteurs vers un autre site ;
- afficher un faux formulaire ou un faux moyen de paiement ;
- envoyer du spam ;
- créer des pages frauduleuses ;
- héberger du contenu malveillant ;
- servir de relais pour d’autres attaques.
Le plus problématique, c’est que votre site peut continuer à fonctionner normalement en apparence, alors qu’il est déjà utilisé à votre insu.
Vos données et celles de vos clients peuvent être exposées
Selon votre activité, votre site peut contenir des données personnelles ou commerciales : noms, adresses e-mail, comptes clients, commandes, demandes de contact…
Lors d’un piratage, ces informations peuvent être consultées, copiées, modifiées ou supprimées.
Et contrairement à une panne classique, des données volées peuvent continuer à circuler même une fois le site réparé.
Lorsque des données personnelles sont concernées, l’incident peut également entraîner des obligations spécifiques au titre du RGPD.
Comment limiter les risques de se faire hacker ?
Impossible de garantir qu’un site ne sera jamais attaqué. En revanche, quelques bonnes pratiques permettent de réduire fortement les risques.
Sécurisez vos accès
Les comptes administrateurs sont des portes d’entrée privilégiées. Quelques réflexes simples permettent déjà de mieux les protéger :
- utilisez des mots de passe longs et uniques ;
- activez la double authentification lorsque c’est possible ;
- privilégiez, un SSO (authentification unique) pour centraliser et mieux maîtriser les accès ;
- évitez les comptes partagés ;
- supprimez les accès qui ne sont plus nécessaires ;
- limitez les droits administrateurs au strict nécessaire.
Un gestionnaire de mots de passe (+ Lien) peut également vous aider à utiliser des identifiants différents sans avoir à tous les mémoriser.
Gardez un site propre et à jour
Un site évolue en permanence. Les mises à jour permettent notamment de corriger des failles de sécurité découvertes avec le temps.
Il est donc important de :
- maintenir à jour le site, ses extensions et les technologies utilisées ;
- supprimer les extensions ou fonctionnalités inutilisées ;
- désactiver les anciens comptes ;
- protéger les formulaires et créations de comptes contre les robots.
Moins votre site comporte de composants inutiles ou obsolètes, moins il offre de portes d’entrée potentielles.
Ne lésinez pas sur la maintenance !
Même avec de bonnes protections, il faut être capable de détecter rapidement un problème et de revenir à une version saine du site.
Cela passe notamment par :
- des sauvegardes régulières et vérifiées ;
- une surveillance des comportements inhabituels ;
- le suivi des nouvelles vulnérabilités ;
- une maintenance régulière ;
- la possibilité d’intervenir rapidement en cas d’incident.
Un site web ne cesse pas d’évoluer une fois mis en ligne. Un site qui fonctionne n’est donc pas forcément un site sécurisé.
Et si ça vous arrive quand même ?
Même avec de bonnes protections, le risque zéro n’existe pas. Si votre site est piraté, l’important est surtout de réagir vite et dans le bon ordre.
Réagissez rapidement, sans agir dans la précipitation
Votre premier réflexe doit être de contacter votre agence, votre prestataire technique ou votre hébergeur afin d’évaluer la situation.
Selon la gravité de l’incident, il pourra être nécessaire de :
- limiter ou couper temporairement l’accès au site ;
- identifier l’origine de l’attaque ;
- restaurer une version saine du site ;
- corriger les failles, voire mettre à jour le site.
L’objectif n’est pas simplement de remettre le site en ligne, mais de comprendre comment le pirate est entré pour éviter qu’il puisse recommencer.
Informez les bonnes personnes et respectez vos obligations
Si des données personnelles ont été compromises, l’incident peut aussi avoir des conséquences juridiques.
Il faut alors déterminer :
- quelles données ont été touchées ;
- quelles personnes sont concernées ;
- si une déclaration auprès de la CNIL est nécessaire ;
- si vos clients ou utilisateurs doivent être informés.
Côté communication, tout dépend des facteurs risque/nombre de personnes impactées ! Découvrez notre article ComInTime (+lien) qui vous donne quelques clés pour une communication efficace en cas de piratage.
Tirez les leçons de l’incident
Une fois l’urgence passée, il est important de faire le point.
Un piratage peut entraîner :
- des frais d’intervention ;
- une perte de chiffre d’affaires ;
- du temps mobilisé en interne ;
- une atteinte à votre image ;
- des coûts liés à la remise en état du site.
Mais il doit surtout permettre d’identifier les faiblesses à corriger : accès trop nombreux, mises à jour en retard, sauvegardes insuffisantes, absence de surveillance… Réparer le site ne suffit pas : il faut aussi éviter de remettre en ligne la faille qui a permis l’attaque.
Un site web n’est jamais totalement à l’abri d’une attaque. Mais dans la grande majorité des cas, une maintenance régulière permet de réduire fortement les risques.
Mises à jour techniques, correctifs de sécurité, sauvegardes, vérification des extensions et des accès : maintenir son site, c’est aussi éviter qu’il devienne vulnérable avec le temps.
Et justement, la maintenance sera aussi l’un de nos sujets de rentrée : pourquoi elle est indispensable, ce qu’elle doit réellement couvrir et comment agir au mieux pour nos clients.
En attendant, si votre site n’a pas été mis à jour depuis longtemps, c’est probablement le bon moment pour faire le point 😉